Processus de prise de décision de voyage :

  1. Reconnaissance du besoin ;
  2. Recherche d’information ;
  3. Évaluation des alternatives ;
  4. Choix de destination.


Pourquoi les touristes internationaux devraient-ils choisir de visiter le Gabon plutôt que d’autres destinations sur la base de simples photos ?


En vue du contexte théorique qui guide cette brève analyse, il est important de (1) évoquer le travail de Pine et Gilmore (1999) pour souligner que le tourisme est une industrie expérientielle, afin de (2) mettre en évidence la construction émotionnelle comme l’une des principales différences entre les théories classiques et post-modernes de prise de décision. L’exploitation de ces points pourrait s’avérer très utile dans le renforcement de notre stratégie promotionnelle.


A ce titre, je m’appuierai sur le cas du facteur de risque. Qu’il s’agisse du risque social, physique, psychologique, fonctionnel, ou financier, le point à souligner est sa forte intensité lorsqu’il s’agit de visiter des destinations inconnues (en particulier les pays africains). Dans ce cas précis, on pourrait soutenir que les attributs de la destination Gabon que nous présentons souvent à l’aide de belles brochures et des photos en ligne, ne pourraient être suffisants que pour attirer l’attention des touristes. Mais au-delà de cela, on pourrait cependant faire remarquer que cette approche promotionnelle n’adresse certainement pas les doutes évoqués dans les questions fondamentales que les touristes se posent lors de l’évaluation des alternatives. Notamment, « Est-il vrai que … ? », ou encore, « Que m’arrivera-t-il si … ? ».


Comme proposition visant à optimiser l’approche promotionnelle de la destination Gabon, il est impératif de rectifier notre conception erronée selon laquelle le comportement de recherche d’informations touristiques se limiterait à la simple visualisation des images d’une destination (par exemple, nos parcs nationaux, nos plages, nos monuments, nos animaux etc. …). En fait, la visualisation de ces attributs permet de capter le stimulus externe qui joue son rôle principal au stade de la reconnaissance du besoin. Elle implique donc une “phase de rêve” qui alimente notre motivation à voyager. De ce fait, ces informations ne portent que sur l’aspect superficiel du besoin du touriste, c’est-à-dire : « que faire » ; mais non pas sur l’aspect spécifique, autrement dit : « où aller ». Ceci est une des principales limites de notre stratégie de valorisation de la destination Gabon.


En revanche, des études démontrent que les touristes recueillent également des informations auprès de sources telles que les groupes de référence (par exemple, la famille et les amis) et des témoignages provenant d’anciens voyageurs (par exemple, sur des sites web de voyage tels que TripAdvisor. Les données résultant de ces sources sont susceptibles de convaincre les touristes quant à « l’endroit où aller ». En effet, ces sources d’information recèlent un « pouvoir affectif », exprimant une certaine « confiance » susceptible de faire pencher la balance en faveur du Gabon. [Je vous invite à vous référer au principe du Pathos dans les modes de persuasion d’Aristote].


Compte tenu de l’importance globale du segment VFR (Visiting Friends & Relatives), qui représente plus de 27% des motifs de voyage selon l’OMT (2016), le Gabon pourrait certainement capitaliser sur la présence de sa diaspora dans les zones ciblées (par exemple, l’Europe et l’Asie) afin d’accentuer sa stratégie promotionnelle. De plus, la destination Gabon gagnerait davantage si elle parvenait à exhorter sa communauté à soigner son image sur les réseaux sociaux. Pour terminer, en vue de l’objectif visant à faire du Gabon une destination touristique compétitive dans l’ère post-COVID-19, il sera du moins nécessaire de mettre en pratique le message fondamental de cette analyse. A savoir, « Le tourisme est un phénomène interculturel impliquant des processus socio-psychologiques complexes qui nécessitent le soutien de la recherche scientifique ».

Par : Kimo Boukamba (Ph.D. Tourisme), Professeur Adjoint (Ritsumeikan Asia Pacific University)