Homme peu connu du plus grand nombre et dont l’histoire, si singulière et passionnante, n’apparaît dans aucun livre d’histoire de notre pays. Nous vous livrons ici le contenu complet des recherches de Michel Hauger, Administrateur de Souvenirs du Gabon sur ce précurseur, ancêtre Essandône et père fondateur de BITAM.

 

NOTE D’HISTOIRE

Affectueusement appelé ONDO NKÔ BEYEME par ses contemporains et sa descendance, ONDO NKOULOU BEYEME est sans doute celui à qui Bitam doit son nom.

Considéré comme le fondateur de Bitam, il sera celui qui va céder l’actuel site de la ville de Bitam à l’administration coloniale française, qui s’y installa entre Juin et Juillet 1915. Cette situation fait suite aux combats qui font rage dans la région du Nord Gabon, entre les soldats Allemands et ceux de la France. Nous sommes en pleine guerre mondiale.

Pour rappel, la France va habillement s’emparer du Gabon en signant quelques traités avec des chefs côtiers à partir de 1839. Le Gabon devient alors officiellement une possession française, avec installation permanence. En 1943, la construction du fort d’Aumale sur la côte du future Libreville, en est le symbole le plus édifiant.

Dans le Nord du Gabon par contre, les Allemands étaient déjà présents. En 1911, avec la crise d’Agadir, la région de l’actuel Woleu-Ntem est cédée au NEUKAMEROUN. Dès cet instant, Bitam fait partir du NEUKAMEROUN. Toutefois, la France ne lâche rien. Alliée des Belges et des Britanniques, les troupes coloniales françaises participent à la campagne du CAMEROUN. L’objectif de la France étant, entre autre, de reprendre le NEUKAMEROUN (Actuel Cameroun + Woleu_Ntem + nord de l’Ogooué Ivindo + nord de l’Estuaire) aux mains des Allemands.

À partir de Septembre 1914, malgré une forte résistance Allemande, surtout à Mitzic, la France parviendra à prendre le dessus sur son adversaire et à s’emparer des grandes villes du nord, dont Bitam (1915).

Un peu avant la guerre, en 1912, lorsque les Allemands convoquent les 4 chefs de terre de la région qui sont EDZEGHE-OYANE de Minvoul, NZOGHE MBA TOUNG de Mitzic, NDONG MEBANE d’ Oyem et bien sûre ONDO NKOULOU BEYEME de Bitam. Ils proposent de leur confier leurs enfants afin qu’ils les envoient en Europe pour étudier.

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ONDO NKOULOU BEYEME refuse catégoriquement et fustige cette façon de faire les choses. Il rentra presque en rébellion contre l’occupant Allemand. Ce qui l’entraînera par la suite ) avoir quelques soucis avec l’autorité Allemande qui le fit plusieurs fois arrêté.

Fils de NKOULOU BEYEME, ONDO NKOULOU BEYEME serait né dans les années 1850 au village MEZALA (nom qu’il donnera lui même plus tard), identifié comme étant le site actuel de la Mairie de Bitam. MEZALA qui signifie ”les fusils” est le nom donné par ONDO NKOULOU BEYEME au village où il est né. Il rendait ainsi hommage à ses frères MVOK ESSAMTOK de l’Estuaire et à leur village nommé MEZALA situé près de NKOLTANG, sur l’ancienne route nationale.

ONDO NKOULOU BEYEME aurait donc visité ce village sur recommandation de son père qui voulait des nouvelles de ses cousins germains, car ayant le même ancêtre : NSÔ MBOZOGO MELÔ. Ce dernier avait eu 4 enfants: NDONE NSO, ancêtre des ESSANDÔNE dont ceux de Bitam, OBAME NSO, ancêtre des ESSABAM de Minvoul, METO ME NSO, ancêtre des ESSAMTOK de l’Estuaire et MVAGONG NSO, ancêtre des OMVANG de l’Estuaire également.

À son retour, à Bitam (bien avant 1890) ONDO NKOULOU BEYEME renomma donc son village natal MAZALA en souvenir de ses parents de l’Estuaire.

Reconnu pour être un guérisseur hors normes, il pouvait traiter toutes sortes de maladies et avait la réputation de pouvoir purifier l’esprit de ceux qui étaient victimes de sortilèges. C’est ainsi que les habitants de la sous région affluaient par dizaines, voire centaines, vers les 4 étangs (Étam = 1 étang ; Bi tam = des étangs) que détenait ONDO NKOULOU BEYEME pour ses pratiques mystiques et de guérisseur, afin d’y retrouver la Santé: << Bia ke bi tam Ondo Nkoulou >>, disaient-ils (Nous allons vers les étangs d’Ondo Nkoulou)…

Le nom de la ville de Bitam vient donc des étangs d’ONDO NKOULOU BEYEME qui peuvent encore être reconnaissables de nos jours dans la petite vallée située entre le quartier Nkol Mengomo et derrière l’ancienne résidence du préfet.

Vers 1921, âgé et fatigué, il fut emporté par la variole alors qu’il se trouvait en Guinée Espagnole, actuelle Guinée Équatoriale où il serait par ailleurs enterré.

©Michel HAUGER, Souvenirs du Gabon